DE LA RESPIRATION VERS LE PRANAYAMA

PRÉAMBULE :

les grands yogis du 20ème siècle, nous ont mis en garde contre une pratique prématurée du Pranayama : BKS Iyengar, Swami Sivananda, Roger Clerc, André Van Lysebeth, tous nous ont à leur manière transmis ces recommandations.

Effectivement, d'une part : la puissance du souffle n'est pas anodine... avec de l'air comprimé, il est possible de briser du béton. Et d'autre part la plupart de nos contemporains, respirent avec une respiration paradoxale, une respiration de survie de personnes sous tension.

Avant d'entreprendre des pratiques de Pranayama (exercices respiratoires yogiques), il convient de restaurer la respiration physiologique !

NOTRE ENSEIGNEMENT :

notre démarche dans un premier temps, sera toujours de rééduquer, d’éduquer la respiration et d'améliorer sa qualité.

La respiration se rééduque notamment et se maintient de manière durable par la compréhension et la bonne pratique de la posture de l'aplomb.


Voir si besoin l'article sur ce sujet, en cliquant sur l'image ci-contre.


Une bonne respiration nous porte tous les jours et change beaucoup de choses dans notre manière d’être ainsi que dans notre rapport au monde et aux autres.





INCIDENCE DE LA RESPIRATION :

une mauvaise respiration, une personne en état de vigilance constante ou soumise à un stress répété aura des répercussions sur l'organisme. Le stress a un effet inhibant sur la respiration source d'acidose chronique source de pathologies inflammatoires, de fatigue, de maux de tête, etc.

Actuellement beaucoup sont préoccupés par de maintien de l'équilibre acido-basique de l'organisme, s’intéresser uniquement à l’alimentation n’est pas suffisant. Il est important de se soucier de la qualité de notre respiration !

Les valeurs de pH (sang artériel - plasma) considérées comme normales chez l'homme se situent entre 7,38 et 7,42.

Pour maintenir cette fourchette, le corps fera toujours tout son possible, car franchir ces paramètres  aura des conséquences plus ou moins graves. Le corps dispose de nombreux moyens au travers des fonctions respiratoires, rénales, et hépatiques.

En cas d'acidose, l'organisme va rechercher des éléments alcalins pour neutraliser l'acidité, s'il ne les trouve pas dans l'alimentation il va puiser dans les os pour prendre du calcium, pour le transformer en carbonate de calcium.

LA RESPIRATION

RESPIRATION PARADOXALE

au moins 95 % de nos contemporains sont en respiration paradoxale, ils respirent à l’envers sans s'en rendre compte.


Respirer à l’envers c'est :

=> à l’inspiration, le thorax se gonfle, le ventre se rentre diminuant la capacité respiratoire.

=> à l’expiration le ventre se gonfle, la cage thoracique s'effondre.


Le corps réagit dans ce cas en survie. Quand le ventre gonfle, il n’y a pas de contraction réflexe du périnée, car le volume de l'abdomen se comporte comme un volume liquide incompressible. Automatiquement la masse viscérale est poussée sur le périnée.

La respiration paradoxale a un effet sur le psychisme, elle est anxiogène et oppressante. Comment aller de l'avant lorsque la cage thoracique s'effondre ?

RESPIRATION BUCCALE :

De plus de nombreuses personnes respirent par la bouche (dès que les lèvres sont à peine entrouvertes même un millimètre, dès que les lèvres ne sont pas en contact, il s'agit d'une respiration buccale). Dans ce cas, il est impossible de rééduquer la respiration. Il est nécessaire d'en prendre conscience et veiller à respirer par le nez.

Le nez est un élément important des voies aériennes supérieures : il filtre, réchauffe, humidifie l'air entrant afin de le préparer au contact avec les délicates muqueuses pulmonaires. L'air sortant restitue sa chaleur au dispositif nasal.


RIRE À L'ENVERS :

respirer à l'envers fera par conséquent rire à l'envers, c'est à dire en gonflant le ventre et c'est très mauvais. Même avec un tout petit rire, si le ventre se gonfle.C'est la même chose avec la toux et les éternuements.

Cela va tasser la vessie, pousser sur le périnée et la prostate pour les hommes avec tous les problèmes que cela va engendrer... :

fuites urinaires, incontinence urinaire d'effort, descentes d'organes...

D'ailleurs il y a des expressions populaires sur le sujet : "à pisser de rire !" ou "rire à s'en pisser dans la culotte". Non ce n'est pas normal ! Rire doit être une aspiration des viscères, un grandissement de la colonne !

PROBLÈME DU YOGA DU RIRE :

toute personne en respiration paradoxale, va rire à l'envers et abîmer son périnée ! Une rééducation respiratoire est préalablement nécessaire.


LA RESPIRATION ABDOMINALE FORCÉE

forcée ou obtenue artificiellement par la pratique de Yoga donnant cette capacité de diriger et de maintenir la respiration là où l'on veut ! C'est vouloir dresser un cheval sauvage à la cravache ! Cela peut générer une sensation de maîtrise et c'est satisfaisant. Pourtant le Pranayama n'est pas une prise de pouvoir sur le corps à l'instar des Asana. 


LA RESPIRATION ABDOMINALE SPONTANÉE

La première clé d'entrée vers le Pranayama est la mise en place de la respiration abdominale spontanée. SPONTANÉE et non forcée.

Cette respiration n'est possible que si la posture est juste. La posture juste est la posture de l'aplomb où le dos conserve ses courbures physiologiques naturelles.

Toute posture assise au sol, sans aucun support de type Zafu, coussin, bloc de mousse, petit banc... conduira à une flexion lombaire, à une hyper lordose dorso-lombaire, à une inclinaison en avant qui nous sort de l'aplomb, c'est à dire : au non respect de l'alignement des sphères énergétiques "périnée, diaphragme thoracique, orifice thoracique supérieur, voile du palais (zone marma Shringataka, diaphragme crânien (faux du cerveau - tente du cervelet)". Ces mauvaises postures sont des "impostures" qui bloquent la respiration au niveau du plexus solaire en déformant la colonne d'air (c'est un terme de travail vocal).


Exemples de mauvaises postures.

Sur la photo ci-contre, remarquez ces assises sans support. Penchées en avant (tensions dans le dos), penchées en arrière (ventre serré), nuques cassées, orifice thoracique supérieur effondré, flexion lombaire....

Comment se fait-il que la plupart ne perçoivent pas que leur respiration est bloquée ou supportent toutes ces tensions ? Cependant dès qu'on les ajuste correctement, tout se libère !


Quand l’inspiration est active, le moteur est la contraction du diaphragme, qui vient buter sur la masse viscérale et soulève les côtes. En descendant, le diaphragme crée une dépression dans la cage thoracique, prend appui sur les viscères, écarte les côtes. Ainsi l’air rentre dans les poumons. Les poumons sont comme des sacs inertes, ils adhèrent à la cage thoracique par la plèvre.

Ils fonctionnent comme un accordéon : c’est parce que l’accordéon s’ouvre que l’air entre, pas parce que l’on souffle dedans.

Accordéon vertical : il descend, l’air entre. Je vide l’accordéon du bas vers le haut : l’air sort. « L’expectative anxieuse » (Jacques Thiébault) = blocage de la respiration. Pour l’empêcher de se produire, travailler sur l’expiration. Donc au moment où le mouvement va démarrer, on commence l’expiration.


Pour ouvrir les côtes (c’est-à-dire solliciter le diaphragme), essayez : 

  • de faire un grand sourire.

  • De dilater les narines.

  • Humer un parfum.

  • D'ouvrir les pommettes.

  • Ouvrir l'orifice thoracique supérieur par le recul du menton.

  • De prononcer le son « iiiiii », ceci repose le diaphragme.

  • De prendre Hakini Mudra. C’est la descente des mains qui écarte les coudes et à une certaine hauteur les côtes s’élargiront. Avant l'invention des micros, certains orateurs plaçaient leurs mains ainsi afin que leur voix porte.

Le périnée est comme un trampoline qui répond à un changement de pression. Quand le ventre se gonfle, il n’y a pas de changement de pression, puisque ça se dilate vers l’extérieur. Quand il se dégonfle, il y a changement de pression.Le périnée se manifeste. De même, quand à l'inspiration le ventre reprend sa forme sans se gonfler, le dos s'élargit, la pression augmente, le périnée se manifeste : Mula Bandha se met en place spontanément, il suffit de l'accompagner.

C'est tellement différent que de contracter les sphincters par volonté et d'être crispé jusqu'aux mâchoires.


QUELQUES EXERCICES


RESPIRATION HYPOPRESSIVE VERS LES BANDHA

méthode douce pour aborder les Bandha, dans la position de la photo ci-contre : en appui sur S3, courbure lombaire physiologique préservée et présente.

Sur l'expiration, (sans prendre une grande inspiration avant !) en repoussant doucement le haut des cuisses avec le talon des mains, ressentir la légère absorption du ventre, maintenue pendant une suspension à poumons vides confortable.

Cela est l'amorce de Traya Bandha :

Mula Bandha - Uddiyana Bandha - Jalandara Bandha



KAPALABHATI


Dans Kapalabhati les côtes doivent rester ouvertes.

Pour ouvrir les côtes, il est important de ne jamais prendre une grande inspiration comme cela est généralement enseigné.

Au contraire, pour ne pas créer de tension, une brève inspiration sans gonfler le ventre sera suffisante.


Pour l'aspect pratique, voir la vidéo.



ORIFICE THORACIQUE SUPÉRIEUR :

son ouverture nécessite d'être sur son aplomb, de reculer le menton afin de faire sortir C7 afin de recréer le lien cervico-dorsal. Cela luttera également contre le développement de la bosse de bison. La ligne oreille-bout du nez est alors inclinée et regarde vers le sol. Il ne doit jamais avoir d'abaissement du manubrium.

Dans tous les cas, une position avec le menton avancé limitera les résonances, comprimera les cervicales et empêchera la mobilité du larynx.

Selon Jacques Thiébault : l’inspire allonge les lombaires, l’expire allonge les dorsales et les cervicales.

Il n’y a donc aucune raison qu’il y ait tassement. Les côtes basses sont comme des anses de seau et s'écartent latéralement, alors que les côtes supérieures s'élèvent verticalement. Notons que les côtes s’insèrent entre les vertèbres et fonctionnent comme un décapsuleur, ce qui explique le grandissement à l'expiration dans l'abaissement des côtes.

L’orifice thoracique supérieur n’est pas un diaphragme, mais se comporte comme un diaphragme. Dans toutes les postures, être tout le temps dans l’interrogation de la respiration. La respiration abdominale spontanée est un guide permanent.


Lors du chant et lors des chants de Mantra, le Kirtan : afin que le son et les vibrations s'expriment pleinement, la posture correcte est absolument nécessaire.


LAISSER RESPIRER


Pour terminer, nous partageons avec vous le sens profond de cette phrase souvent banalisée décrite par Pierre Feuga : "Ne pensez jamais lorsque vous expirez que vous "chassez l'air" : pensez plutôt que vous le donnez, que vous l'offrez. De même n'associez jamais l'inspiration à "prendre" : recevez, accueillez, acceptez ce qui vient. Ne laissez jamais intervenir la volonté dans les intervalles : abandonnez l'idée et jusqu'au mot "rétention" (quelle avarice de vouloir retenir). Le souffle s'interrompt, se suspend : très bien, savourez cette absence, sans projection, sans anticipation. Il reviendra quand il le voudra, il vous quittera quand il le voudra. Mieux encore, prenez le point de vue du souffle : à l'inspiration, envahir le corps. À l'expiration, envahir cet espace paraît-il extérieur, allez loin, diffusez-vous à l'infini." Éveillez la conscience-témoin, éveillez le souffle-esprit... Gardez tout cela présent lors de votre pratique afin de vous aider à ensuite pouvoir le vivre au quotidien.


Il est nécessaire de vider pour pouvoir laisser emplir à nouveau !


Bonne pratique !


Enregistrement extrait du séminaire d'octobre 2018 :



Capture d’écran 2020-03-10 à 16.03.55.

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